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De nombreux médias l’ont publiée, parfois en se réjouissant d’avoir (enfin ?) de vrais chiffres concernant les morts aux frontières. Comme si d’autres rapports, venant cette fois d’organisations non-gouvernementales, n’avaient pas déjà été publiés et n’étaient pas solidement étayés.

Célébrée pour ses chiffres concernant la Méditerranée, cette carte interroge par contre si on se penche vers d’autres régions.

Sahara : 56 morts. Si on a en tête ces camions surchargés de marchandises sur lesquelles sont juchées des dizaines de personnes : cinquante-six morts, c’est un camion tombant en panne dans le désert, ou à peine deux pick-ups ; ou si on a en tête les récits de personnes ayant traversé le Sahara, ayant parfois survécu à un accident, on peut en conclure que ce chiffre est très largement sous-évalué.

Processus de Rabat à l’ouest, processus de Khartoum à l’est : l’Union européenne pousse les pays du sud de la Méditerranée à retenir les exilés et à les bloquer à leur frontière sud, dans le Sahara.

Si cette politique réussit, les exilés seront retenus avant d’arriver à la mer, seront a priori moins nombreux à tenter la traversée, et il y aura sans doute moins de morts en mer, ce qui se verra sur la carte. Par contre, les obstacles seront plus nombreux aux frontières dans le désert, amenant une plus grande prise de risque et provoquant plus de morts. Mais s’ils ne sont pas mieux décomptés qu’actuellement ça n’apparaîtra pas sur la carte.

En l’état, la carte de l’OIM pourrait s’avérer comme le numéro du prestidigitateur, une main attire l’attention tandis que l’autre fait disparaître. On met en évidence les morts qu’on ne peut plus nier, ceux de la Méditerranée, pour mieux cacher ceux du Sahara, dont le nombre devrait augmenter du fait des politiques européennes.

 

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