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L’opération Frontex Plus en Méditerranée centrale, baptisée Triton selon la tradition mythologique de l’agence de surveillance des frontières extérieures de l’Union européenne, débute demain 1er novembre 2014.

Une déclaration de la commissaire européenne Cecilia Malmström en reprécise les enjeux(http://europa.eu/rapid/press-release_STATEMENT-14-346_en.htm), un communiqué de la Commission européenne en détaille les objectifs, l’historique et les moyens (http://europa.eu/rapid/press-release_MEMO-14-609_en.htm).

Un « détail » qui a son poids en terme de vies humaines. Le sommet européenne du 10 octobre prévoyait « Une coordination étroite avec les mesures d’urgence prises par l’Italie sera assurée dans ce cadre, en vue d’une suppression progressive rapide de ces dernières », ces « mesures d’urgence » étant l’opération Mare Nostrum de la marine italienne, qui contrairement à Frontex a une réelle capacité de sauvetage en mer.

« With its Mare Nostrum operation, Italy is doing an excellent job in assisting thousands and thousands of refugees who have risked their lives by trying to cross the Mediterranean in rickety vessels. The future of Mare Nostrum remains in any case an Italian decision, but it is already clear that the Triton operation cannot and will not replace it. » selon la déclaration de Cecilia Malmström, « Joint operation Triton is intended to support the Italian efforts at their request, and does not replace or substitute Italian obligations in monitoring and surveying the Schengen external borders and in guaranteeing full respect of EU and international obligations1 in particular when it comes to search and rescue at sea. It implies that Italy will have to continue making continued substantial efforts using national means, fully coordinated with the Frontex operation, in order to manage the situation at the external borders. » selon le communiqué. Frontex n’a pas pour vocation de remplacer Mare Nostrum, qui est de la responsabilité du gouvernement italien, et qui correspond aux obligations de ce pays en matière de sauvetage en mer.

Ceci va dans le sens des déclarations récentes du gouvernement italien. Les ministres de l’intérieur européens avaient décidé le 10 octobre que laisser les exilés se noyer en mer serait un bon moyen de protéger les frontières européennes. Le gouvernement italien en a décidé autrement, et la Commission européenne en prend acte.

De nombreuses ONG s’étaient inquiété de la possible disparition des moyens de sauvetage en mer, comme Amnesty International :

http://www.amnesty.fr/Triton-ne-peut-remplacer-Mare-Nostrum-qui-sauve-de-nombreuses-vies-13065

Le Rapporteur Spécial des Nations Unies sur les droits des migrants, François Crépeau, s’insurge lui contre la déclaration du gouvernement britannique qu’il ne prendrait pas part à des opérations ayant un but de sauvetage en mer, pour dissuader les exilés de tenter de venir en Europe. En français :

http://www.unmultimedia.org/radio/french/2014/10/laisser-les-migrants-mourir-aux-frontieres-de-leurope-pour-dissuader-les-autres-dentrer-un-expert-onusien-sinsurge/#.VFNeW8lASJs

et en anglais, la version anglaise étant plus complète, et comprenant notamment des réflexions de François Crépeau sur le fait que la fermeture des frontières entraine paradoxalement la constitution de mafias qui prennent le contrôle du franchissement de ces frontières :

http://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=15239&LangID=E

Frontex Plus, 65 policiers, 7 bateaux (petits, moins de 10 hommes d’équipage en moyenne), 4 avions et 1 hélicoptère. Cette opération Plus (« Triton, the biggest maritime operation Frontex has ever coordinated » selon Cecilia Malmström) a finalement des moyens limités pour contrôler toute la Méditerranée centrale.

D’où peut-être le maintien de Mare Nostrum. Comme quoi la vie humaine tient à peu de chose.