Étiquettes

, , ,

Les associations réunies à Lampedusa à l’occasion du Festival Sabir se sont situées par rapport à deux approches en tension. L’une d’affirmer qu’il faut que l’Union européenne change de paradigme en matière de politiques migratoires, avec l’affirmation du principe de liberté de circulation. C’est notamment ce qui est ressorti des différents ateliers de la journée du 4 octobre (voir le programme ici). Ou tenter d’infléchir à la marge les politiques européennes pour en réduire les effets meurtriers, en promouvant notamment l’idée de corridor humanitaire permettant aux personnes fuyant une situation de crise grave d’accéder au territoire européen sans risquer leur vie. C’est l’option prise par les organisations qui ont rencontré le président du Parlement européen et les autorités italiennes le 3 octobre.

Un an après le naufrage du 3 octobre 2013 qui a fait trois cent soixante-huit morts, le Conseil européen Justice et affaires intérieures réunit le 10 octobre à Luxembourg a fermé la porte aux uns et aux autres : l’Union européenne continuera la même politique, en l’aggravant.

Le document de cinq pages publié à l’issue de ce Conseil (vous pouvez le télécharger ici) définit une action en trois axes :

– l’externalisation de la politique migratoire européenne, qui consiste à enrôler les États voisins, puis par extension les voisins des voisins, dans la surveillance des frontières européennes, en bloquant leurs propres ressortissants comme les exilés en transit sur leur sol. Ses principes sont développés en 14 points, dont un sur les expulsions.

– le renforcement des moyens de l’agence européenne Frontex, et notamment la mise en place de l’opération Triton (aussi appelée Frontex Plus) en Méditerranée centrale, pour intercepter les bateaux venant vers l’Italie.

La phrase « Une coordination étroite avec les mesures d’urgence prises par l’Italie sera
assurée dans ce cadre, en vue d’une suppression progressive rapide de ces dernières » signifie concrètement la fin de l’opération Mare Nostrum de la marine italienne. Or cette opération a de réels moyens de sauvetage, que n’aura pas Frontex. L’Union européenne vient donc de décider de laisser les exilés se noyer, pour les dissuader de tenter la traversée

– suit une partie plus confuse sur l’asile. Elle reflète les contradictions entre les États européens, ceux de la périphérie qui sont le plus souvent responsables des demandes d’asile en vertu du règlement Dublin III, et qui entretiennent un système d’asile déficient; et ceux du centre et du nord de l’Europe, qui ont un système d’asile fonctionnel, mais qui peuvent renvoyer un part importante des demandeurs d’asile vers les pays de la périphérie, toujours en vertu de Dublin III. Il est dit à la fois que les États du centre et du nord devraient faire un effort, mais aussi qu’il faut utiliser toutes les possibilités légales pour réduire les droits des demandeurs d’asile et profiter des procédures expéditives (demande d’asile à la frontière, procédure accélérée).

Dans le premier axe, pour faire bonne mesure, il est demandé aux États européens de mieux participer aux programmes de réinstallation du Haut Commissariat aux Réfugiés pour les réfugiés de zones de guerre. On peut rappeler à titre d’exemple que la France avait annoncé il y a un an à grand renfort de médias qu’elle allait accueillir 500 réfugiés syriens. Les cinq cents (sur plus de trois millions) ne sont toujours pas tous arrivés en France, ce qui en dit long sur la bonne volonté de certains États européens.