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Deux jours avant l’anniversaire du naufrage d’un bateau d’exilés au large de Lampedusa, les médias sont déjà là. L’événement crée un effet de loupe sur la petite île, comme une réplique de la bourrasque de l’an dernier. Un effet de zoom qui n’aide pas forcément à comprendre les multiples dimensions des phénomènes.

 

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Pentax Digital CameraLe cimetière de bateaux d’exilés se trouve au bord du port, juste en contrebas du centre-ville de Lampedusa. Les caméras et les projecteurs de la RAI lui donnent aujourd’hui un air de Cinecitta.

Il n’y a pas d’exilés en ce moment sur l’île. Avec l’opération Mare Nostrum, les bateaux interceptés sont emmenés vers les ports de Sicile et du sud de l’Italie. Les choses pourraient changer si Mare Nostrum s’interrompait. En effet cette opération implique des navires de guerres en capacité de ramener les personnes et de remorquer les bateaux. Les bâtiments des gardes-côtes et de la guardia di finanza, plus petits, devraient probablement ramener les exilés au plus près, souvent à Lampedusa. Il en serait sans doute de même pour les navires impliqués dans les opérations de l’agence européenne Frontex. Les choses se jouent parfois sur des questions d’institutions et de tonnage. Pour l’île, les exilés ne feront peut-être que passer et seront transférés rapidement sur le continent, ou seront gardés là pour que leur nombre augmente si le gouvernement veut mettre en scène une invasion, comme il l’a fait en 2011. Pour les exilés, les autorités italiennes ne prennent généralement pas leurs empreintes digitales en ce moment, et ils peuvent ainsi continuer leur route et demander l’asile dans un autre pays européen. On peut penser que l’agence Frontex sera plus à cheval sur les règles européennes, qui veulent que le franchissement irrégulier des frontières extérieures de l’Union européenne fassent l’objet d’une prise d’empreintes et de leur versement au fichier Eurodac. Si les exiles demandent ensuite l’asile ailleurs dans l’Union européenne et dans un autre pays associé au règlement Dublin III, leurs empreintes seront détectées en Italie où ils seront renvoyés. L’Italie qui ne veut pas d’eux, et ne met pas en place de programmes d’intégration. Le système Dublin III pourra ainsi fonctionner à nouveau, empêchant de nombreuses personnes en recherche de protection de la trouver dans un pays qui leur offre une procédure respectueuse de leurs droits et un minimum de possibilités d’y construire leur vie. Il ne leur restera plus alors qu’à se brûler la pulpe des doigts pour déjouer le système.

 

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Pentax Digital CameraNavires des gardes-côtes et de la Guarda di finanza dans le port de Lampedusa.

À l’extrémité du cap qui borde à l’est le port de Lampedusa, la Porta di Lampedusa, sculpture monumentale de Mimmo Paladino en hommage aux migrants morts ou disparus en mer. Sans plus de précision, elle se elle mêle à d’autres annonces touristiques. Et si l’œuvre parle, et sans doute même crie, le temps dira le statut qu’elle prendra entre geste de mémoire et curiosité touristique.

 

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Pentax Digital CameraLa Porta di Lampedusa.

Le festival Sabir tente de réduire la contradiction entre la surmédiatisation de certains événements liés aux migrations et la dynamique propre de l’île. Ainsi, des artistes ont travaillé plusieurs mois en amont avec la population. Mais il est aussi l’objet de polémiques, notamment la journée de commémoration du 3 octobre, à laquelle il semble que le gouvernement se soit invité.

Pentax Digital CameraLe port de Lampedusa vu du cap où se trouve la Porta di Lampedusa.