2016, année mortelle aux frontières

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Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations, 7 509 personnes sont mortes sur les routes migratoires en 2016, contre 5740 pendant les très médiatisée année 2015. 60% de ces décès ont eu lieu en Méditerranée, qui est aussi la frontière où a lieu l’augmentation la plus forte du nombre de morts. Il ne s’agit là que des décès connus.

http://missingmigrants.iom.int/

La fermeture croissante des frontières amène les exilé-e-s à prendre de plus de risques et des routes plus dangereuses.

 

 

L’Union européenne bloque les exilé-e-s en Libye – suite

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Le Conseil européen du 15 décembre 2016 a porté notamment sur les migrations, avec un point sur la coopération entre la mission navale militaire EUNAVFOR MED Sophia et les garde-côtes libyens pour empêcher les exilé-e-s de quitter la Libye vers l’Europe. Il s’agit bien sûr de pure générosité de la part de l’Union européenne pour éviter que les personnes ne se noient (mais ne serait-il pas possible plutôt de leur donner la possibilité d’accéder légalement au territoire européen ?) L’UE prévoit aussi de leur donner la possibilité de quitter la Libye, mais dans l’autre sens, vers leur pays d’origine, comme l’Érythrée, le Soudan, le Soudan du sud…

« 4. Le Conseil européen insiste sur la nécessité d’accroître le soutien apporté aux garde-côtes libyens, notamment dans le cadre de l’EUNAVFOR MED opération Sophia, de manière à renforcer leur capacité à prévenir les pertes de vies humaines en mer et à casser le modèle économique des passeurs. Parallèlement, des initiatives doivent être prises pour offrir des possibilités d’aide au retour volontaire aux migrants bloqués en Libye et réduire les voyages dangereux. »

Vous pouvez télécharger les conclusions du sommet européen du 15 décembre ici :

http://www.europeanmigrationlaw.eu/documents/ConclusionsConseilEuropeen_Migrations.pdf

Amnesty International a abondamment documenté la situation dans laquelle les exilé-e-s se trouvent bloqué-e-s en Libye, comme ici :

https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/l-enfer-libyen-raconte-par-des-refugies

https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/ada-fuir-lenfer-des-persecutions

 

Quand l’Union européenne veut bloquer les exilé-e-s en Libye

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L’Union européenne renforce les capacités des garde-côtes Libyens pour qu’ils interceptent les bateaux d’exilé-e-s dans les eaux territoriales et les ramènent en Libye. Des navires de l’OTAN patrouillent au large prétendument pour s’attaquer aux « bateaux de passeurs », ce qui veut dire que des moyens militaires sont mobilisés pour empêcher les exilé-e-s d’atteindre les côtes européennes. L’idée a été émise de faire le tri, entre les personnes qui relèveraient de l’asile et celles qui seraient des « migrants économiques » ayant « vocation » à être renvoyés, sur des bateaux ua large de la Libye plutôt que sur le sol italien, créant ainsi des « hotspots flottants« .

Deux enquêtes récentes, l’une d’Amnesty International, l’autre de Human Rights Watch, témoignent des violences que subissent les exilé-e-s en Libye : séquestration, travail forcé, coups, torture, viols.

Vous pouvez lire l’enquête d’Amnesty International ici.

Ainsi qu’une précédente enquête ici.

Vous pouvez lire l’enquête de Human Rights Watch ici.

 

 

Notre ami Omar Al-Bachir : rafles et expulsions d’Érythréen-ne-s

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Vous êtes chef d’État mais votre régime est une dictature sanglante confrontée à plusieurs guerres civiles. Vous êtes vous-même sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale pour génocide, crimes de guerres et crimes contre l’humanité. Vous souhaitez devenir moins infréquentable et moins isolé sur le scène diplomatique. Un moyen infaillible : utilisez les « migrants » comme moyen d’échange et devenez l’auxiliaire des politiques migratoires européennes. Ce que Kadhafi a réussi, vous le réussirez aussi.

C’est le choix fait par Omar Al-Bachir, président du Soudan, qui a ainsi rencontré la main tendue de l’Union européenne (voir ici et ).

Lundi 23 mai, neuf cents exilé-e-s érythéen-ne-s ont été raflé-e-s à Khartoum, et quatre cents à proximité de la frontière avec la Libye.et expulsé-e-s en Érythrée, où ces personnes risquent la prison, et la torture et les traitements inhumains et dégradants qui l’accompagnent, pour avoir quitté illégalement le pays.

https://www.irinnews.org/fr/node/256247

 

 

Vers des « hotspots flottants » ?

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Ce projet de l’Union européenne est l’assemblage de deux dispositifs déjà existants. L’un, c’est le déploiement de navires de l’OTAN pour surveiller la frontière méditerranéenne et dont la militarisation de la lutte contre l’immigration dite irrégulière. Officiellement, il ne s’agit bien sûr pas d’une lutte contre les exilé-e-s, mais contre les passeurs. Mais les États qui déploient leur marine militaire pour intercepter les bateaux sont tout autant en capacité de délivrer des visas aux personnes en demande de protection pour qu’elles accèdent légalement au territoire européen. C’est parce qu’il n’y a pas de visas qu’il y a des passeurs. Sachant que l’expression « immigration irrégulière » est impropre s’agissant de demandeur-se-s d’asile, la convention de Genève leur donnant le droit de franchir toute frontière par tout moyen pour accéder au territoire d’un État pouvant leur accorder l’asile.

L’autre dispositif, c’est celui des hotspots qui ont été créés en Grèce et en Turquie. Leur but est de faire un tri sommaire entre les exilé-e-s qui relèveraient de l’asile, et pourraient donc rester, et celles et ceux qui seraient des « migrant-e-s économiques », et qui auraient « vocation » à être expulsé-e-s.

Du côté grec, l’accord entre l’Union européenne et la Turquie organise le refoulement des exilé-e-s arrivé-e-s depuis le 20 mars, tandis que l’érection de barrières et parfois le déploiement de l’armée rend difficile de quitter la Grèce pour aller vers l’Europe centrale en traversant les Balkans.

Du côté italien, il est compliqué de faire croire que la Libye est un pays sûr où il est possible de refouler les exilé-e-s, et le gouvernement officiel ne contrôle pas l’ensemble du territoire. L’idée est que l’OTAN, dont les navires sont déployés dans les eaux internationales, s’avance dans les eaux territoriales libyennes, et la possibilité d’une intervention terrestre en Libye est évoquée. Mais en attendant les exilé-e-s arrivent en Italie, la loi italienne ne permet pas de leur prendre leurs empreintes digitales de force, donc ceux et celles qui refusent peuvent aller demander l’asile ailleurs en Europe.

D’où l’idée d’enregistrer les exilé-e-s sur des bateaux, où la loi italienne ne s’appliquant pas il serait possible de prendre leurs empreintes de force, et où il serait aussi possible de retenir les personnes refusant de les donner, comme c’est déjà le cas sur l’île de Lampedusa. Dans un second temps, des opérations de refoulement pourraient plus simplement se faire à partir des bateaux qu’à partir du territoire italien.

http://www.lesechos.fr/monde/europe/021945499882-ca-se-passe-en-europe-hotspots-flottants-en-italie-nouveau-casse-tete-autour-du-secret-des-affaires-a-bruxelles-1223416.php

http://www.telegraph.co.uk/news/2016/05/12/eu-plans-floating-migrant-centres-off-libya/

https://www.hrw.org/news/2016/05/17/eu-plans-libya-risk-crossing-migration-red-lines#st_refDomain=t.co&st_refQuery=/FtIaUO7Vi9

 

Quand l’Union européenne veut bloquer les réfugié-e-s au Soudan

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Ce sont les médias allemands qui ont révélé cette information confidentielle, puisque c’est l’Allemagne qui doit être la maîtresse d’œuvre de cette décision qui s’intègre au processus de Khartoum. Ce processus est un cadre de dialogue entre l’Union européenne et les États d’Afrique de l’est, notamment ceux que fuient les exilé-e-s, Soudan, Érythrée, Somalie, pour empêcher ces mêmes exilé-e-s d’atteindre l’Europe.

Le projet qui a été dévoilé prévoit la construction de deux centres de rétention et la livraison de systèmes de surveillance qui pourront aussi être utilisés contre l’opposition politique. Rappelons que le Soudan est une dictature, que son président est recherché par la Cour Pénale Internationale pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, et que le pays est en proie à plusieurs guerres civiles.

http://www.spiegel.de/international/world/eu-to-work-with-despot-in-sudan-to-keep-refugees-out-a-1092328.html

https://www.buzzfeed.com/jinamoore/germany-will-help-a-wanted-genocide-criminal-set-up-detentio?utm_term=.wdB1N0Z3q#.dhvvKzxEB

 

Lampedusa : réfugiés en grève de la faim

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Comme en Grèce, des hotspots ont été créés en Italie dans le cadre du renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l’Union européenne. Les exilé-e-s qui y sont emmené-e-s sont enregistré-e-s, ce qui comprend la prise des empreintes digitales. Dans la grande majorité des cas, ça les contraint à demander l’asile dans le pays qui a pris leurs empreintes, en l’occurrence l’Italie, selon le règlement européen Dublin III.

Les personnes qui veulent demander l’asile dans un autre pays refusent donc de donner leurs empreintes digitales. Mais si elles sont dans le hotspot de Lampedusa, et en plus de vexations diverses, les personnes qui refusent de donner leurs empreintes sont bloquées sur l’île, parfois pendant des semaines ou des mois.

En protestation des exilé-e-s ont entamé une protestation et se sont regroupés devant l’église de Lampedusa, certains sont en grève de la faim et de la soif.

Voici la traduction de leur communiqué :

 

« Nous sommes des réfugiés venus ici parce que nous fuyons nos pays en guerre, les pays dont nous venons sont la Somalie, l’Érythrée, le Darfour (Soudan), le Yémen, l’Éthiopie. Le traitement que nous recevons dans le camp de Lampedusa est inhumain (il y a aussi eu des cas de mauvais traitements par la police pour forcer à donner ses empreintes digitales). Si nous ne laissons pas nos empreintes les opérateurs de la gestion du centre sont verbalement et physiquement agressif envers nous, il y a des discriminations dans la distribution des repas et ils nous interdisent de jouer au football dans la cour. Les matelas sont mouillés par l’eau qui sort de la salle de bain et cela peut aussi nous causer des maladies.

Il y a des mineurs, des femmes enceintes et des personnes ayant des problèmes de santé qui ne reçoivent pas les soins appropriés.

Nous sommes à Lampedusa, certains depuis deux mois, certains depuis quatre mois.

Jusqu’à ce qu’ils nous donnent une chance de sortir de cette prison pour un endroit où il y a des conditions de vie plus décentes, nous refusons de leur donner nos empreintes digitales.

Nous sommes venus par besoin de liberté, d’humanité et de paix que nous pensions exister en Europe.

Nous ne voulons pas être enfermés dans une prison sans avoir commis un crime, nous voulons une vie plus digne et essayer d’avoir une protection parce que nous fuyons des situations dans lesquelles nous risquons notre vie.

Laisser des empreintes dans ces conditions ne nous laisse pas la liberté de nos choix futurs comme la possibilité de rejoindre nos familles ou des communautés déjà présentes dans les autres pays.

NOUS VOULONS ALLER LOIN DE LAMPEDUSA POUR AVOIR LA PROTECTION QUE NOUS CHERCHONS EN FUYANT NOS PAYS. BEAUCOUP D’ENTRE NOUS SONT EN GRÈVE DE LA FAIM ET DE LA SOIF ET N’ARRÊTERONT PAS TANT QUE NOS REVENDICATIONS NE SERONT PAS SATISFAITES. »

 

Deux études sur les hotspots italiens

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Le nouveau dispositif européen des « hotsports » s’est mis en place en Italie et en Grèce. Il s’agit de centres effectuant un tri sommaire entre les personnes qui relèvent du droit d’asile et celles qui seraient des « migrants économiques ». Des chercheuses italiennes ont publié deux études en anglais, concernant Lampedusa et la Sicile. Elles montrent que le système d’enregistrement dans les hotspots fonctionne avant tout comme un moyen non seulement de bloquer, mais aussi de rendre plus difficile l’accès aux droits, et notamment au droit d’asile.

The EU hotspot approach at Lampedusa
Glenda Garelli and Martina Tazzioli

« The hotspot works as a preemptive frontier, with the double goal of blocking migrants at Europe’s southern borders, and simultaneously impeding the highest number possible of refugees from claiming asylum. »

https://www.opendemocracy.net/can-europe-make-it/glenda-garelli-martina-tazzioli/eu-hotspot-approach-at-lampedusa

Hotspot system as a new device of clandestinisation: view from Sicily
Alessandra Sciurba

« The ‘hotspot’ system for migrants remains an experiment, but it entails the implementation at the national level of human-rights-violating policies elaborated at the EU level. »

https://www.opendemocracy.net/can-europe-make-it/alessandra-sciurba/hotspot-system-as-new-device-of-clandestinisation-view-from-si

 

Délit de solidarité : les projets de l’Union européenne

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L’arrivée d’un nombre plus important d’exilé-e-s en Europe a provoqué un élan de solidarité, des volontaires se mobilisant de Calais à la Grèce, tandis que des moyens privés de sauvetage en mer se mettaient en place pour pallier aux carences des État et de l’Union européenne.

En lien avec la mise en place des hotspots en Grèce et en Italie, principaux pays d’entrée dans l’Union européenne, celle-ci veut contrôler cette solidarité, et criminaliser celle qui ne serait pas contrôlée.

C’est ce que révèle l’ONG Statewatch à partir de documents de travail de l’Union européenne :

http://www.statewatch.org/news/2016/jan/eu-med-crisis-criminalising-civil-society.htm

Voir aussi un article en français :

http://fr.newsmonkey.be/article/960

Il s’agit de faire disparaître du cadre européen la référence à la non-pénalisation de l’aide humanitaire, contraindre les associations et les volontaires à s’enregistrer pour aider, relier le sauvetage en mer avec les hotspots, c’est-à-dire faire collaborer les aidants solidaires au fonctionnement des centres de tri qui ont pour fonction de déterminer de manière sommaire qui relève de l’asile et qui doit être expulsé du territoire européen.

Ces mesures sont déjà en œuvre en Grèce depuis ce mois de janvier. Elle font écho à l’aggravation des pressions sur les aidants solidaires en France (voir ici, ici, ici et ).

 

Pétition : Migrantes et migrants : répression à Calais, mort en Méditerranée

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Une pétition initiée par Section LDH de l’EHESS, Collectif de soutien de l’EHESS aux sans papiers et aux migrant-es et qui peut être signée en ligne ici :

http://www.cyberacteurs.org/cyberactions/migrantes-migrants-nbsp-repression-944.html

« Un appel à Monsieur Bernard Cazeneuve, Ministre de l’Intérieur et à Monsieur Manuel Valls, Premier Ministre

3419 migrantes et migrants morts en Méditerranée en 2014, 300 dans la seule seconde semaine de février 2015 au large de Lampedusa : s’y sont ajoutés 400 disparus le deuxième week-end d’avril, 40 nouveaux morts mercredi dernier et 700 naufragés ce troisième week-end, tel est le dramatique bilan de la politique de fermeture des frontières menée par l’Union Européenne, de Ceuta et Mellila en face de Gibraltar au fleuve Evros en Grèce du Nord. La France n’échappe à cette politique d’érection de barrières physiques et répressives opposées à migrantes et migrants. Non pas en Méditerranée, mais à Calais où tous les campements de fortune de migrants viennent d’être évacués pour être réunis loin de tout, dans un « bidonville d’Etat » soumis à un constant contrôle policier. »

Texte de la pétition

« La politique concertée de rejet des migrants et des migrantes menée par l’Union européenne a provoqué, depuis le tournant du siècle, la mort de plus de 22000 migrantes et migrants en Méditerranée. Le nombre des disparus pour ce seul début du mois d’avril 2015 s’élève à plus de 1100. Quant aux survivants, ils sont confinés dans des camps de rétention quand ils ne sont pas jetés à la rue dans le dénuement le plus total ou quand il ne sont pas regroupés dans une « bidonville d’Etat » comme c’est le cas désormais hors de Calais.

Ne faut-il pas dénoncer un crime contre l’humanité tel que le définissent les conventions internationales que la France a signées ?

Quoi qu’il en soit, depuis l’été dernier les associations de soutien aux migrants actives à Calais n’ont fait qu’appeler l’attention des autorités politiques et du public sur les conditions d’insoutenable insalubrité et de promiscuité inadmissible régnant dans d’aléatoires campements de fortune, régulièrement évacués et détruits par les forces de police.

À notre tour nous demandons à Monsieur Bernard Cazeneuve, Ministre de l’intérieur (avec copie à Monsieur Manuel Valls, Premier Ministre), qu’il fasse cesser à Calais et dans le Calaisis toutes les mesures répressives prises à l’égard de migrantes et des migrants, et qu’à l’égard de ses collègues de l’Union européenne il tienne enfin les engagements humanitaires pris à l’issue de sa visite du 3 novembre 2014 à Calais même. »

Plus d’infos

« Un récent rapport de Human Rights Watch1 a dénoncé les conditions de survie imposées aux quelque 2500 migrants qui, à Calais et dans le Calaisis, attendent soit une opportunité de passer clandestinement en Angleterre, soit l’incertain résultat d’une demande d’asile déposée en France : le dénuement total dans une situation d’extrême précarité est accompagné de mesures policières répressives, entre passages à tabac, attaques au gaz lacrymogène et destructions des squats. S’y ajoutent les expériences traumatisantes que l’on peut s’imaginer dans le passage aléatoire de la Méditerranée et au cours de la traversée risquée de l’Europe. Aux Afghans et aux Irakiens ont maintenant succédé Soudanais, Erythréens et Syriens ; de ces derniers, victimes de la répression du régime de Bachar el Assad et de Daech, les pays de l’Union européenne n’acceptent que des contingents extrêmement restreints. Migrants « illégaux » sans doute, mais aussi réfugiés dont le seul crime est d’avoir fui des situations de guerre, de répression et de dénuement extrêmes. Pour toutes et pour tous, ce sont les droits individuels et sociaux de l’homme les plus élémentaires qui sont bafoués, dans l’indifférence générale. Privé de moyens de subsistance, privé d’identité statutaire, sociale, psychique et affective, discriminé et condamné à la rue, quand ce n’est pas à la décharge publique, le migrant est soumis à la seule logique du rejet et de l’expulsion.

Interpellé sur la situation des migrants à l’issue de sa propre visite le 3 novembre dernier, le Ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a répondu par l’intermédiaire de son chef de cabinet, Gabriel Kunde. Il mentionne tour à tour un « plan européen pour la gestion des flux migratoires » avec l’établissement de règles communes quant à l’asile et un soutien aux pays d’origine et de transit des migrants ; le fond commun de 15 millions d’euros débloqué par la Grande Bretagne pour « sécuriser » le port, pour lutter contre les « filières criminelles » et pour « l’aide humanitaire aux migrants » ; des travaux interministériels pour la création à Calais même d’un nouveau centre d’accueil (site Jules Ferry) ; et finalement des mesures pour faciliter les demandes d’asile en France.

Dans les faits, le plan européen s’est traduit par l’opération « Triton » de contrôle renforcé et de répression des migrants en Méditerranée (cette opération est en partie responsable des nouveaux morts enregistrés depuis février dernier) ; le fonds anglais servira surtout à ériger à Calais une barrière infranchissable analogue à celles de Mellila et Ceuta ; le centre d’accueil s’avère n’avoir qu’une capacité limitée à 400 personnes, offrant un abri précaire uniquement pour la journée ; et désormais les places d’hébergement supplémentaires promises aux demandeurs d’asile se sont limitées au déplacement de cette population précarisée sur un terrain vague, couvert de déchets. Cette évacuation de Calais s’inscrit à la fois dans la ligne de la multiplication des évacuations visant les Rroms en France et dans la politique de bouclement des frontières conduite par l’Union européenne à l’égard de migrantes et migrants dans la détresse.

Ainsi la guerre contre les migrants se poursuit, avec cynisme. De même que les rRoms, les victimes de faits de guerre et de répression dans les pays voisins de l’Europe, quelle que soit leur culture, quelle que soit leur religion, sont offerts en cibles toutes désignées pour le ressentiment d’une population résidente précarisée par la dégradation des conditions de travail et par le chômage. La discrimination dont migrantes et migrants sont les victimes entretient une xénophobie implicite et indifférente, inscrite dans l’ordre admis des inégalités de ce monde.

La politique concertée de rejet des migrants et des migrantes menée par l’Union européenne a donc provoqué, depuis le tournant du siècle, la mort de plus de 22000 migrantes et migrants en Méditerranée. Quant aux survivants, ils sont confinés dans des camps de rétention quand ils ne sont par jetés à la rue dans le dénuement le plus total. Ne faut-il pas dénoncer un crime contre l’humanité tel que le définissent les conventions internationales que la France a signées ? 2

Quoi qu’il en soit, depuis l’été dernier les associations de soutien aux migrants actives à Calais n’ont fait qu’appeler l’attention des autorités politiques et du public sur les conditions d’insoutenable insalubrité et de promiscuité inadmissible régnant dans d’aléatoires campements de fortune, régulièrement évacués et détruits par les forces de police.
À notre tour nous demandons à Monsieur Bernard Cazeneuve, Ministre de l’intérieur, qu’il fasse cesser à Calais et dans le Calaisis toutes les mesures répressives prises à l’égard de migrantes et des migrants, et qu’à l’égard de ses collègues de l’Union européenne il tienne enfin les engagements humanitaires pris à l’issue de sa visite du 3 novembre 2014.

Section LDH de l’EHESS
Collectif de soutien de l’EHESS aux sans papiers et aux migrant-es
signatures individuelles via Cyber@cteurs

1 http://www.hrw.org/fr/news/2015/01/20/france-les-migrants-et-les-demandeurs-dasile-victimes-de-violence-et-demunis   ; voir « Le Monde » des 21.1. et 13.2.15.

2 Rappelons qu’au-delà de l’extermination, de la réduction en esclavage, de la prostitution forcée, de la persécution d’un groupe ou du recours systématique à la disparition forcée, l’article 7 du « Statut de Rome » de la Cour pénale internationale (17.7.1998) désigne également comme crime contre l’humanité « les autres actes inhumains (…) causant de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité »