Sauvetage en mer : la politique du laisser-mourir

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De la Grèce (voir ici et ) à Calais (voir ici, ici, ici, ici et ), les personnes solidaires de exilé-e-s sont mises en accusation. En Méditerranée, ce sont les associations font du sauvetage en mer qui sont accusées par les autorités européennes et par l’agence Frontex de collusion avec les passeurs.

Réponse de Watch the Med, étayée par la situation concrète en mer : manque de moyens pour le sauvetage, passivité ou abstention des unités militaires ou policières, consignes données au bateaux civils de n’intervenir qu’en cas de danger imminent, tout concours à une politique de dissuasion de la migration par le laisser-mourir en mer.

 

https://alarmphone.org/fr/2017/04/21/absence-mortelle-des-moyens-de-sauvetage/

« Absence mortelle des moyens de sauvetage

Comment les autorités européennes continuent d’exploiter la mort des migrants comme moyen de dissuasion tout en criminalisant les sauveteurs

Un cas d’urgence suivi par Watch the Med Alarmphone devant la côte lybienne

Le week-end de Pâques a été marqué par l’une des plus grandes opérations de recherche et de sauvetage (SAR) menées en Méditerranée au cours des dernières années, avec 8 360 personnes secourues entre le vendredi 14 et le dimanche 16 avril 2017. Le réseau de WatchTheMed Alarm Phone (AP) a été impliqué dans 2 cas de détresse et a pu observer aussi bien les insuffisances des efforts de sauvetage des autorités de l’UE, que l’implication inaliénable des organisations non-gouvernementales (ONG) de sauvetage, qui ont empêché une hécatombe de plus en haute mer.

L’un des cas où l’AP a été impliqué, et sur lequel se concentre le rapport suivant, se distingue particulièrement. Le samedi de Pâques, le 15 avril 2017, le téléphone d’alarme a été informé d’un bateau en détresse en Méditerranée centrale. Pendant plus de 12 heures, nous étions en contact régulier avec un groupe d’environ 100 personnes à bord d’un bateau, jusqu’à ce que le contact soit perdu. Nous avons transmis leurs demandes et appels aux secours aux autorités responsables et les avons soutenus tant bien que mal. Leur situation était très dangereuse et nécessitait de prendre des mesures immédiates. Aucun sauvetage en vue cependant, les réfugiés ont du persévérer pour survivre un jour et demi en haute mer à bord d’un rafiot.

L’histoire d’un désastre évité de justesse en méditerranée centrale

C’est à 7h19 samedi matin, que le père Mussie Zerai informe notre équipe de veille à propos d’un bateau en perdition en méditerranée centrale. D’après ses informations, le bateau a quitté la ville portuaire d’Al Khums en Lybie la veille au soir, et se trouve bien plus à l’est que dans la zone où la plupart des ONG conduisent leurs opérations de recherche et de sauvetage (SAR).

Comme d’habitude dans un cas pareil, nous essayons de joindre immédiatement les passagers en danger et nous communiquons leur position GPS et leur numéro de téléphone au centre de coordination et de sauvetage maritime ( Maritime Rescue Coordination Centre – MRCC) à Rome. Les autorités italiennes répondent qu’une opération de recherche et de sauvetage (SAR) est en cours. Mais en poursuivant nos recherches sur les sites de repérage des bateaux, nous n’arrivons pas à détecter de bateau de sauvetage dans cette zone.
A 9h40 nous sommes en contact direct avec les réfugiés, qui nous appellent régulièrement. Ils ont peur, sont angoissés, car ils viennent déjà de passer la nuit en mer. Sur la centaine de passagers, il y a 20 enfants, et 10 femmes, l’une d’entre elles est enceinte. Notre équipe de permanence note dans son rapport :

11h34 : Ils nous ont rappelé et étaient vraiment nerveux […]. Ils disaient que leur bateau est en très mauvais état. De l’eau pénètre à bord, qu’ils essaient d’écoper, mais il y en a de plus en plus. Ils n’ont plus beaucoup de carburant et m’ont supplié de leur venir en aide. Je leur ai dit qu’un bateau de sauvetage les cherchait.

Dans les heures qui suivent, nous rechargeons à plusieurs reprises leur téléphone satellite, recevons leurs coordonnées GPS actualisées régulièrement et les transmettons au MRCC de Rome. Les garde-côtes nous confirment qu’ils cherchent un bateau qui puisse mener une opération de sauvetage. Nous découvrons un porte-conteneur dans les parages, Lady Rasha, qui fait quelques cercles et qui cherche manifestement le bateau de réfugiés. Vers 13h, nous observons cependant que le bateau interrompt sa recherche et se dirige vers le port libyen de Misrata. Le MRCC de Rome ne nous donne aucune explication, et nous ne parvenons pas à repérer d’autres bateaux dans les environs.

Au vu de la situation, nous prenons contact avec l’ONG Sea Watch et leur demandons d’effectuer un autre vol de reconnaissance avec leur avion Moonbird, dont le pilotage est assuré par l’ONG Swiss Humanitarian Pilots Initiative. En coordination avec le MRCC de Rome, l’équipage décide de décoller pour le second vol de la journée. Ils atteignent la zone de détresse vers 14h50. A 15h10, nous communiquons à nouveau avec les réfugiés – ils dérivent, sans aucun bateau ni avion en vue. Ils crient à l’aide, la panique se disperse à bord.

Pendant ce temps, Moonbird survole différents endroits pendant deux heures et cherche méthodiquement le bateau en détresse, sans pourtant le trouver. Les réfugiés nous informent : « il n’y a pas d’avion en vue, seulement un bateau au loin, SVP dites leur de venir nous sauver ». D’après le site de repérage des bateaux, que nous vérifions régulièrement, il devrait s’agir de l’AS Elenia, un pétrolier sous pavillon libérien. Nous transmettons cette information au Moonbird, qui se déplace vers cette zone.

À 16h33 les réfugiés nous appellent : « on voit l’avion, on voit l’avion ! ». Mais les pilotes ne voient toujours pas leur bateau. En parallèle, nous observons que l’AS Elenia se déplace vers les dernières coordonnées GPS transmises par les réfugiés. A 17h25, le MRCC de Rome nous informe qu’ils vont donner l’autorisation à l’AS Elenia de mener l’opération de sauvetage en attendant l’arrivée des garde-côtes italiens.

Moonbird découvre finalement le bateau en détresse à 17h30 .

Photo boat-people by Moonbird Airborne Operation, www.sea-watch.org, www.hpi.swiss

Moonbird is finally spotting the boat-people (Photo: Moonbird Airborne Operation / http://www.sea-watch.org, http://www.hpi.swiss )

Les pilotes font suivre les coordonnées exactes au MRCC à Rome et se dirigent vers l’AS Elenia. Avant de repartir vers Malte -après 3h de vol, il ne leur reste plus beaucoup de carburant-, ils signalent à nouveau à l’AS Elenia la position du bateau, car le pétrolier ne va pas exactement dans leur direction. Ils appellent l’équipage via la radio, et les enjoignent à commencer le sauvetage, mais le capitaine refuse pour des raisons de sécurité.

À 18h14, les réfugiés nous rappellent ; voyant l’AS Elenia s’approcher, les boat-people s’attendent à être sauvés. Mais à 18h22 ils rappellent, ils réalisent que le pétrolier passe devant eux sans s’arrêter. Ils nous disent « Le grand bateau ne s’est pas arrêté, SVP appelez-les, SVP aidez-nous, le pétrolier continue d’avancer et on ne peut pas le suivre, on n’a plus d’essence ».

Nous rappelons le MRCC de Rome et les informons, que l’AS Elenia ne s’est pas arrêté, mais qu’il continue sa route vers l’ouest et ignore visiblement le bateau en détresse. Le MRCC remercie pour l’information, mais refuse de nous donner de plus amples détails.
À 19h08, environ 45 minutes plus tard, nous observons l’AS Elenia changer de cap, et se diriger vers le nord, donc ni vers le bateau de réfugiés, ni vers sa destination de départ, le port de Gabes en Tunisie.

 AS Elenia changing course

AS Elenia changing course

À 19h20, les réfugiés nous rappellent et nous disent que la batterie de leur téléphone satellite sera bientôt vide. 20 minutes plus tard ils nous disent que le pétrolier a à nouveau changé de cap et se dirige vers eux, mais change finalement encore de route1.

Photo AS Elenia by www.sea-watch.org, www.hpi.swiss

The bulk carrier AS Elenia passing by (Photo: Moonbird Airborne Operation / http://www.sea-watch.org, http://www.hpi.swiss )

Le désespoir grandit toujours plus à bord.

Une heure plus tard, le MRCC de Rome cherche à nous faire comprendre que l’AS Elenia n’obtiendra pas d’autorisation à porter secours, pas tant que le bateau ne sera pas en danger imminent, ce qui signifie que le bateau doit couler. Le pétrolier disparaît de l’horizon des réfugiés, leur moteur est en panne d’essence, et toujours plus d’eau emplit leur bateau.

Close-up of AS Elenia's course

Close-up of AS Elenia’s course

À 8h59 nos recevons une dernière actualisation de leurs coordonnées GPS. L’échange avec le MRCC de Rome nous apprend que le l’AS Elenia a été chargé de faire demi-tour et d’examiner la situation. Au cas où les réfugiés seraient en danger imminent, l’équipage a dorénavant pour mission de les sauver sans attendre.

L’équipe de permanence note dans le rapport :

21h52 : les réfugiés rappellent et crient (difficile à comprendre). Ils nous disent, qu’ils sont en danger et que le grand bateau à proximité ne les sauve pas. Nous les prions de de pas tomber dans la panique mais d’essayer de rester calmes et de nous rappeler dès que la situation change.

Cette conversation est le dernier contact avec eux. Nous n’arrivons plus à les joindre par la suite et n’obtenons pas non plus de nouvelles des gardes-côtes dans l’heure et demie qui suit. À 23H20, le MRCC nous informe qu’ils ont ordonné à l’AS Elenia d’effectuer le sauvetage, mais que leur équipage n’a pas les connaissances ni l’équipement nécessaires. Les autorités italiennes déclarent que l’équipage de l’AS Elenia surveillerait la situation jusqu’à l’arrivée le lendemain matin d’un bateau de sauvetage.

Par crainte que les réfugiés ne survivent pas à une deuxième nuit en haute mer, nous rappelons le MRCC après minuit. Il nous est redit que le capitaine de l’AS Elenia n’effectuera pas de sauvetage, mais que son bateau resterait dans les parages et qu’il approvisionne les réfugiés avec de l’eau et des vivres. On nous dit aussi que le bateau de Frontex Siem Pilot et le petrolier Yara Sela ont été dépêchés sur place.

Bien que nous ne soyons plus en mesure de joindre directement les réfugiés pendant cette nuit, nous observons via le compte de leur téléphone satellite qu’ils continuent à téléphoner, leur crédit diminuant continuellement.

Dimanche à 9h49, le MRCC italien nous informe que les réfugiés seraient sauvés par un bateau militaire, et que l’opération de sauvetage serait finalement coordonnée par Malte. Après plusieurs heures et de nombreux coups de fils, les garde-côtes maltais finissent par nous confirmer à 13h37 que les réfugiés ont été sauvés par le bateau de frontex Siem Pilot.

Contester l’abandon en haute mer

Les boat-people qui ont subi cette torture étaient prisonniers en haute mer pendant 1 jour et demi. Leur appel de détresse était connu des autorités depuis plus de 24h, et malgré cela, ils n’ont pas été sauvé et aucun bateau équipé pour gérer un tel sauvetage n’était disponible. Ce cas démontre particulièrement, que le nombre de bateaux de sauvetage disponibles, malgré tous les efforts de coordination du MRCC de Rome, est grandement insuffisant.

Le manque éclatant de forces de sauvetage dans la zone la plus dangereuse de la frontière la plus meurtrière au monde n’a cependant rien d’un hasard. On ne peut pas non plus simplement réduire ces évènements à une situation exceptionnelle lors du week-end de Pâques. Cela fait des mois que des douzaines d’embarcations de réfugiés quittent souvent simultanément les côtes libyennes. L’absence potentiellement mortelle de moyens de sauvetage est le résultat de décisions politiques sciemment prises par l’UE et ses états-membres. Ce sont eux qui refusent tout moyen légal aux migrants de venir en Europe, et par là les forcent à passer par la mer. En limitant ensuite volontairement la présence de moyens de secours, ils espèrent que les nombreux morts agiront comme moyen de dissuasion.

Cette tactique du laisser-mourir volontairement a conduit par le passé à des pertes massives de vies humaines en haute mer. Voici pile 2 ans qu’eut lieu la plus grande tragédie en Méditerranée, 1200 personnes étant mortes en l’espace d’une semaine. Aujourd’hui, ce n’est que grâce à l’investissement inlassable de nombreuses ONG de sauvetage maritime et d’activistes qu’un tel scénario ne s’est pas reproduit. Ce sont eux qui, lors du week-end de Pâques 2017, ont veillé à ce que les boat-people avec lesquels nous étions en contacts, ainsi que des milliers d’autres, soient soutenus et puissent miraculeusement survivre. Dans le cas que nous avons documenté, l’intervention de l’avion Moonbird était crucial pour trouver le bateau des migrants et indiquer leur position à l’AS Elenia et au MRCC. D’autres OGN ont repoussé leurs limites à l’extrême, luttant pour éviter de nombreux naufrages. L’équipage du MOAS (Migrant Offshore Aid Station) à lui seul a secouru plus de 1500 personnes de 9 bateaux précaires, et a embarqué des centaines de passagers à bord de leur bateau Phoenix. Le bateau de sauvetage Iuventa de l’OGN Jugend rettet a également embarqué des centaines de passagers, tant qu’ils n’étaient plus en capacité de manœuvrer et qu’ils ont du émettre un appel au secours à leur tour.5 Le sauvetage mené par l’équipage du Iuventa s’est heureusement bien terminé et ils ont pu rentrer en sécurité à Malte. Des bateaux de commerce ont également à nouveau été impliqués dans des opérations de sauvetage. Ainsi un porte conteneur a embarqué un millier de personnes ; ce qui a conduit l’association des armateurs allemands à se prononcer, via un mail à Alarmphone, pour l’extension des capacités de sauvetage et à proposer d’équiper les bateaux de commerce pour le sauvetage.

Cependant, malgré leur inlassable implication, les ONG et les activistes ont été l’objet les derniers mois d’une campagne de diffamation haineuse. Non seulement Frontex, mais aussi des politiciens de l’UE et des procureurs italiens les ont accusés de coopérer avec des passeurs libyens et d’être impliqués dans des activités criminelles. On leur a également reproché de rendre les traversées de la méditerranée encore plus dangereuses et mortelles. Ces reproches cyniques et sans consistance suivent une logique absurde, la mort de réfugiés en haute mer devrait avoir un effet de dissuasion sur d’autres réfugiés et ainsi éviter de futures traversées. C’est ainsi qu’on essaie de discréditer le travail indispensable des ONG de sauvetage et les forcer à se retirer des zones meurtrières de méditerranée centrale.
Le rapport détaillé d’une situation de détresse en mer que nous avons décrit, ainsi que les autres évènements du week-end de Pâques soulève une série de questions :

  • Au vu de la situation instable et bouleversante des migrants en Libye, connue depuis des années, il est évident que des milliers de personnes n’attendent qu’une seule chose : quitter le pays. Pourquoi n’y a-t-il pas eu jusqu’à présent d’amélioration des capacités de sauvetages en mer ?
  • À la lumière du cas décrit ci-dessus, et plus généralement la situation le long de la côte libyenne pendant le week-end de Pâques, où étaient les unités européennes qui stationnent en méditerranée centrale ? Et où étaient les bateaux de l’opération militaire de Eunavfor Med ? L’intervention limitée, tardive et apparemment à contrecœur d’unités isolées ne change rien au fait qu’Eunavfor Med ait choisi de rester largement indisponible pour les opérations de recherche et de sauvetage, tel que le décrivent de nombreuses ONG et d’autres organisations.
  • Qui plus est, vu que des centaines, voire des milliers de personnes auraient perdu leur vie en mer sans les opérations de recherche et de sauvetage des ONG de secourisme, comment est-il possible que la diffamation et la criminalisation de ces ONG par Frontex, l’UE et des procureurs italiens se poursuivent ?

Watch the Med Alarm Phone exige l’arrêt immédiat des attaques contre les acteurs humanitaires, tout comme une extension des capacités de sauvetages étatiques en haute mer, afin de soutenir au mieux le travail des ONG. Il est évident que la forme la plus précaire des migrations, celle qui passe par la route maritime, restera toujours risquée, peu importe le nombre de forces de secours.

  • Nous demandons avant tout une rupture radicale avec la politique migratoire actuelle de l’UE, qui est à l’origine des migration par la mer et de l’hécatombe.
  • Nous revendiquons une ouverture des frontières et des moyens sûrs et légaux de voyage, afin que les réfugiés puissent atteindre l’Europe sans avoir à risquer leur vie.
  • Nous exigeons la liberté de circulation pour tous !
  • Des ferry et pas frontex !

Watch the Med Alarm Phone, le 21 avril 2017.


1 Comme nous n’étions pas en contact direct avec l’AS Elenia, nous ne pouvons pas commenter leur refus apparent d’opérer un sauvetage. Nous savons cependant que de précédentes tentatives de sauvetage par des grands porte-conteneurs se sont souvent terminées en tragédies, car ces bateaux ne sont pas équipés pour mener des sauvetages en sécurité. Lors des nombreux échanges téléphoniques avec les passagers en détresse, nous avons parallèlement été témoins du désespoir et de l’agitation à bord du bateau de réfugiés générée par les nombreux allers-retours de l’AS Elenia. »

2016, année mortelle aux frontières

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Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations, 7 509 personnes sont mortes sur les routes migratoires en 2016, contre 5740 pendant les très médiatisée année 2015. 60% de ces décès ont eu lieu en Méditerranée, qui est aussi la frontière où a lieu l’augmentation la plus forte du nombre de morts. Il ne s’agit là que des décès connus.

http://missingmigrants.iom.int/

La fermeture croissante des frontières amène les exilé-e-s à prendre de plus de risques et des routes plus dangereuses.

 

 

L’Union européenne bloque les exilé-e-s en Libye – suite

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Le Conseil européen du 15 décembre 2016 a porté notamment sur les migrations, avec un point sur la coopération entre la mission navale militaire EUNAVFOR MED Sophia et les garde-côtes libyens pour empêcher les exilé-e-s de quitter la Libye vers l’Europe. Il s’agit bien sûr de pure générosité de la part de l’Union européenne pour éviter que les personnes ne se noient (mais ne serait-il pas possible plutôt de leur donner la possibilité d’accéder légalement au territoire européen ?) L’UE prévoit aussi de leur donner la possibilité de quitter la Libye, mais dans l’autre sens, vers leur pays d’origine, comme l’Érythrée, le Soudan, le Soudan du sud…

« 4. Le Conseil européen insiste sur la nécessité d’accroître le soutien apporté aux garde-côtes libyens, notamment dans le cadre de l’EUNAVFOR MED opération Sophia, de manière à renforcer leur capacité à prévenir les pertes de vies humaines en mer et à casser le modèle économique des passeurs. Parallèlement, des initiatives doivent être prises pour offrir des possibilités d’aide au retour volontaire aux migrants bloqués en Libye et réduire les voyages dangereux. »

Vous pouvez télécharger les conclusions du sommet européen du 15 décembre ici :

http://www.europeanmigrationlaw.eu/documents/ConclusionsConseilEuropeen_Migrations.pdf

Amnesty International a abondamment documenté la situation dans laquelle les exilé-e-s se trouvent bloqué-e-s en Libye, comme ici :

https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/l-enfer-libyen-raconte-par-des-refugies

https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/ada-fuir-lenfer-des-persecutions

 

Quand l’Union européenne veut bloquer les exilé-e-s en Libye

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L’Union européenne renforce les capacités des garde-côtes Libyens pour qu’ils interceptent les bateaux d’exilé-e-s dans les eaux territoriales et les ramènent en Libye. Des navires de l’OTAN patrouillent au large prétendument pour s’attaquer aux « bateaux de passeurs », ce qui veut dire que des moyens militaires sont mobilisés pour empêcher les exilé-e-s d’atteindre les côtes européennes. L’idée a été émise de faire le tri, entre les personnes qui relèveraient de l’asile et celles qui seraient des « migrants économiques » ayant « vocation » à être renvoyés, sur des bateaux ua large de la Libye plutôt que sur le sol italien, créant ainsi des « hotspots flottants« .

Deux enquêtes récentes, l’une d’Amnesty International, l’autre de Human Rights Watch, témoignent des violences que subissent les exilé-e-s en Libye : séquestration, travail forcé, coups, torture, viols.

Vous pouvez lire l’enquête d’Amnesty International ici.

Ainsi qu’une précédente enquête ici.

Vous pouvez lire l’enquête de Human Rights Watch ici.

 

 

Notre ami Omar Al-Bachir : rafles et expulsions d’Érythréen-ne-s

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Vous êtes chef d’État mais votre régime est une dictature sanglante confrontée à plusieurs guerres civiles. Vous êtes vous-même sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale pour génocide, crimes de guerres et crimes contre l’humanité. Vous souhaitez devenir moins infréquentable et moins isolé sur le scène diplomatique. Un moyen infaillible : utilisez les « migrants » comme moyen d’échange et devenez l’auxiliaire des politiques migratoires européennes. Ce que Kadhafi a réussi, vous le réussirez aussi.

C’est le choix fait par Omar Al-Bachir, président du Soudan, qui a ainsi rencontré la main tendue de l’Union européenne (voir ici et ).

Lundi 23 mai, neuf cents exilé-e-s érythéen-ne-s ont été raflé-e-s à Khartoum, et quatre cents à proximité de la frontière avec la Libye.et expulsé-e-s en Érythrée, où ces personnes risquent la prison, et la torture et les traitements inhumains et dégradants qui l’accompagnent, pour avoir quitté illégalement le pays.

https://www.irinnews.org/fr/node/256247

 

 

Vers des « hotspots flottants » ?

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Ce projet de l’Union européenne est l’assemblage de deux dispositifs déjà existants. L’un, c’est le déploiement de navires de l’OTAN pour surveiller la frontière méditerranéenne et dont la militarisation de la lutte contre l’immigration dite irrégulière. Officiellement, il ne s’agit bien sûr pas d’une lutte contre les exilé-e-s, mais contre les passeurs. Mais les États qui déploient leur marine militaire pour intercepter les bateaux sont tout autant en capacité de délivrer des visas aux personnes en demande de protection pour qu’elles accèdent légalement au territoire européen. C’est parce qu’il n’y a pas de visas qu’il y a des passeurs. Sachant que l’expression « immigration irrégulière » est impropre s’agissant de demandeur-se-s d’asile, la convention de Genève leur donnant le droit de franchir toute frontière par tout moyen pour accéder au territoire d’un État pouvant leur accorder l’asile.

L’autre dispositif, c’est celui des hotspots qui ont été créés en Grèce et en Turquie. Leur but est de faire un tri sommaire entre les exilé-e-s qui relèveraient de l’asile, et pourraient donc rester, et celles et ceux qui seraient des « migrant-e-s économiques », et qui auraient « vocation » à être expulsé-e-s.

Du côté grec, l’accord entre l’Union européenne et la Turquie organise le refoulement des exilé-e-s arrivé-e-s depuis le 20 mars, tandis que l’érection de barrières et parfois le déploiement de l’armée rend difficile de quitter la Grèce pour aller vers l’Europe centrale en traversant les Balkans.

Du côté italien, il est compliqué de faire croire que la Libye est un pays sûr où il est possible de refouler les exilé-e-s, et le gouvernement officiel ne contrôle pas l’ensemble du territoire. L’idée est que l’OTAN, dont les navires sont déployés dans les eaux internationales, s’avance dans les eaux territoriales libyennes, et la possibilité d’une intervention terrestre en Libye est évoquée. Mais en attendant les exilé-e-s arrivent en Italie, la loi italienne ne permet pas de leur prendre leurs empreintes digitales de force, donc ceux et celles qui refusent peuvent aller demander l’asile ailleurs en Europe.

D’où l’idée d’enregistrer les exilé-e-s sur des bateaux, où la loi italienne ne s’appliquant pas il serait possible de prendre leurs empreintes de force, et où il serait aussi possible de retenir les personnes refusant de les donner, comme c’est déjà le cas sur l’île de Lampedusa. Dans un second temps, des opérations de refoulement pourraient plus simplement se faire à partir des bateaux qu’à partir du territoire italien.

http://www.lesechos.fr/monde/europe/021945499882-ca-se-passe-en-europe-hotspots-flottants-en-italie-nouveau-casse-tete-autour-du-secret-des-affaires-a-bruxelles-1223416.php

http://www.telegraph.co.uk/news/2016/05/12/eu-plans-floating-migrant-centres-off-libya/

https://www.hrw.org/news/2016/05/17/eu-plans-libya-risk-crossing-migration-red-lines#st_refDomain=t.co&st_refQuery=/FtIaUO7Vi9

 

Quand l’Union européenne veut bloquer les réfugié-e-s au Soudan

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Ce sont les médias allemands qui ont révélé cette information confidentielle, puisque c’est l’Allemagne qui doit être la maîtresse d’œuvre de cette décision qui s’intègre au processus de Khartoum. Ce processus est un cadre de dialogue entre l’Union européenne et les États d’Afrique de l’est, notamment ceux que fuient les exilé-e-s, Soudan, Érythrée, Somalie, pour empêcher ces mêmes exilé-e-s d’atteindre l’Europe.

Le projet qui a été dévoilé prévoit la construction de deux centres de rétention et la livraison de systèmes de surveillance qui pourront aussi être utilisés contre l’opposition politique. Rappelons que le Soudan est une dictature, que son président est recherché par la Cour Pénale Internationale pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, et que le pays est en proie à plusieurs guerres civiles.

http://www.spiegel.de/international/world/eu-to-work-with-despot-in-sudan-to-keep-refugees-out-a-1092328.html

https://www.buzzfeed.com/jinamoore/germany-will-help-a-wanted-genocide-criminal-set-up-detentio?utm_term=.wdB1N0Z3q#.dhvvKzxEB

 

Lampedusa : réfugiés en grève de la faim

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Comme en Grèce, des hotspots ont été créés en Italie dans le cadre du renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l’Union européenne. Les exilé-e-s qui y sont emmené-e-s sont enregistré-e-s, ce qui comprend la prise des empreintes digitales. Dans la grande majorité des cas, ça les contraint à demander l’asile dans le pays qui a pris leurs empreintes, en l’occurrence l’Italie, selon le règlement européen Dublin III.

Les personnes qui veulent demander l’asile dans un autre pays refusent donc de donner leurs empreintes digitales. Mais si elles sont dans le hotspot de Lampedusa, et en plus de vexations diverses, les personnes qui refusent de donner leurs empreintes sont bloquées sur l’île, parfois pendant des semaines ou des mois.

En protestation des exilé-e-s ont entamé une protestation et se sont regroupés devant l’église de Lampedusa, certains sont en grève de la faim et de la soif.

Voici la traduction de leur communiqué :

 

« Nous sommes des réfugiés venus ici parce que nous fuyons nos pays en guerre, les pays dont nous venons sont la Somalie, l’Érythrée, le Darfour (Soudan), le Yémen, l’Éthiopie. Le traitement que nous recevons dans le camp de Lampedusa est inhumain (il y a aussi eu des cas de mauvais traitements par la police pour forcer à donner ses empreintes digitales). Si nous ne laissons pas nos empreintes les opérateurs de la gestion du centre sont verbalement et physiquement agressif envers nous, il y a des discriminations dans la distribution des repas et ils nous interdisent de jouer au football dans la cour. Les matelas sont mouillés par l’eau qui sort de la salle de bain et cela peut aussi nous causer des maladies.

Il y a des mineurs, des femmes enceintes et des personnes ayant des problèmes de santé qui ne reçoivent pas les soins appropriés.

Nous sommes à Lampedusa, certains depuis deux mois, certains depuis quatre mois.

Jusqu’à ce qu’ils nous donnent une chance de sortir de cette prison pour un endroit où il y a des conditions de vie plus décentes, nous refusons de leur donner nos empreintes digitales.

Nous sommes venus par besoin de liberté, d’humanité et de paix que nous pensions exister en Europe.

Nous ne voulons pas être enfermés dans une prison sans avoir commis un crime, nous voulons une vie plus digne et essayer d’avoir une protection parce que nous fuyons des situations dans lesquelles nous risquons notre vie.

Laisser des empreintes dans ces conditions ne nous laisse pas la liberté de nos choix futurs comme la possibilité de rejoindre nos familles ou des communautés déjà présentes dans les autres pays.

NOUS VOULONS ALLER LOIN DE LAMPEDUSA POUR AVOIR LA PROTECTION QUE NOUS CHERCHONS EN FUYANT NOS PAYS. BEAUCOUP D’ENTRE NOUS SONT EN GRÈVE DE LA FAIM ET DE LA SOIF ET N’ARRÊTERONT PAS TANT QUE NOS REVENDICATIONS NE SERONT PAS SATISFAITES. »

 

Deux études sur les hotspots italiens

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Le nouveau dispositif européen des « hotsports » s’est mis en place en Italie et en Grèce. Il s’agit de centres effectuant un tri sommaire entre les personnes qui relèvent du droit d’asile et celles qui seraient des « migrants économiques ». Des chercheuses italiennes ont publié deux études en anglais, concernant Lampedusa et la Sicile. Elles montrent que le système d’enregistrement dans les hotspots fonctionne avant tout comme un moyen non seulement de bloquer, mais aussi de rendre plus difficile l’accès aux droits, et notamment au droit d’asile.

The EU hotspot approach at Lampedusa
Glenda Garelli and Martina Tazzioli

« The hotspot works as a preemptive frontier, with the double goal of blocking migrants at Europe’s southern borders, and simultaneously impeding the highest number possible of refugees from claiming asylum. »

https://www.opendemocracy.net/can-europe-make-it/glenda-garelli-martina-tazzioli/eu-hotspot-approach-at-lampedusa

Hotspot system as a new device of clandestinisation: view from Sicily
Alessandra Sciurba

« The ‘hotspot’ system for migrants remains an experiment, but it entails the implementation at the national level of human-rights-violating policies elaborated at the EU level. »

https://www.opendemocracy.net/can-europe-make-it/alessandra-sciurba/hotspot-system-as-new-device-of-clandestinisation-view-from-si

 

Délit de solidarité : les projets de l’Union européenne

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L’arrivée d’un nombre plus important d’exilé-e-s en Europe a provoqué un élan de solidarité, des volontaires se mobilisant de Calais à la Grèce, tandis que des moyens privés de sauvetage en mer se mettaient en place pour pallier aux carences des État et de l’Union européenne.

En lien avec la mise en place des hotspots en Grèce et en Italie, principaux pays d’entrée dans l’Union européenne, celle-ci veut contrôler cette solidarité, et criminaliser celle qui ne serait pas contrôlée.

C’est ce que révèle l’ONG Statewatch à partir de documents de travail de l’Union européenne :

http://www.statewatch.org/news/2016/jan/eu-med-crisis-criminalising-civil-society.htm

Voir aussi un article en français :

http://fr.newsmonkey.be/article/960

Il s’agit de faire disparaître du cadre européen la référence à la non-pénalisation de l’aide humanitaire, contraindre les associations et les volontaires à s’enregistrer pour aider, relier le sauvetage en mer avec les hotspots, c’est-à-dire faire collaborer les aidants solidaires au fonctionnement des centres de tri qui ont pour fonction de déterminer de manière sommaire qui relève de l’asile et qui doit être expulsé du territoire européen.

Ces mesures sont déjà en œuvre en Grèce depuis ce mois de janvier. Elle font écho à l’aggravation des pressions sur les aidants solidaires en France (voir ici, ici, ici et ).